Belle semaine.



Lundi, j’ ai poussé la porte du Bureau des Pleurs. Il y avait trop de monde, j’ ai rebroussé chemin. Je suis allé pleurer seul, tranquille, chez moi. 
Mardi, je me suis retrouvé à faire le pied de grue devant le Bureau des Objets Perdus. J’ avais perdu mon coeur, quelqu’ une l’ aurait-elle retrouvé ? Las, je n’ en pouvais plus d’ attendre au milieu d’ une foule dense comme une manade, et je tournais les talons bien avant que d’ être arrivé aux guichets. 
Mercredi, je me postais devant le Pont des Soupirs. Mais n’ importe qui venait soupirer ici, et je vis même des gens parfaitement hilares venir se baguenauder en ce lieu. Je partis soupirer ailleurs, plus loin.
Jeudi, je me suis rendu au plus proche Mont de Piété. Je voulais y gager ma tête au cas oú, pour une raison ou pour une autre, quel qu’ une retrouve mon coeur et veuille me faire payer pour le récupérer. Je pourrais, ainsi, me payer ma tête, une fois mon coeur revenu dans son giron.
Vendredi, c’ est devant le Palais des courants d’ air que je me campais, les poings serrés. Une file d’ attente ́longue comme le chemin entre ma cabane de jardin et la Lune s’ étirait devant la porte du Palais. De la journée, il n’ y aurait certainement aucun moyen d’ y accéder. Maussade, je fis demi-tour, en grognant comme un sanglier contrarié. 
Samedi, je me rendais, confiant, à la Maison du Bon Dieu, au 42 Quai du Xylophone Enchanté, quand une foule surgie de je ne sais oú fit soudainement irruption sur le quai, glapissant et hurlant. Tous ces excités avaient semble-t-il jeté leur dévolu sur un unique slogan, qu’ ils scandaient à l’ unisson : "Rendez le Fandango à sa Révolution". Je reprenais mollement avec eux le slogan à deux ou trois reprises puis m’ en retournais derechef à la caféteria oú j’ avais établi mes quartiers.
Dimanche, je m’ en allais visiter le couloir de la mort, avec une amie d’ enfance. Mais - las ! - il faisait trop noir dans ce couloir, on n’ y voyait rien et l’ endroit semblait désert. Nous avons pris nos cliques et nos claques, Marie- Mélusine et moi, et sommes allés nous asseoir au soleil, en savourant le seul fait d’être en vie, de sentir la chaleur du soleil sur notre peau. 
Cette belle sensation valait toutes les autres. Je me demandais ce que j’ avais été pleurer au Bureau des Pleurs, retrouver au Bureau des Objets Perdus, regretter auprès du Pont des Soupirs, vendre au Mont de Piété, chercher devant le Palais des Courants d’ Air, espérer dans la Maison du Bon Dieu, vivre dans le Couloir de la Mort. Des conneries.

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